05.02.2010

Coup de coeur à Françoise Dax-Boyer

Je viens de recevoir une jolie surprise dans ma boîte aux lettres. Le dernier livre de Françoise Dax-Boyer.

C'est avec un immense bonheur que je me blottis au coin du feu pour m'immerger dans son univers de poésie, de féérie et de plaisir des sens. Les mots de Françoise savent couler comme le cristal de la source, éblouir comme un rai de soleil dans l'oeil, ou rouler comme des cailloux sur un rocher. Il savent caresser la hanche d'une femme, éclairer le rire d'un enfant, attendrir l'inexorable. Ils savent évoquer le son, l'odeur, la lumière d'un pays rêvé.

foret julien.jpg

 

Dans F comme Forêt, Françoise nous entraîne au gré de ses poèmes, fables et légendes dans les chemins obscurs et les clairières moussues. Nous y croisons des fées maléfiques ou bienveillantes, des souvenirs flottant sous les grands arbres, des parfums d'herbe après la pluie, des amants enlacés... Le toucher fragile et volupteux d'un pétale d'églantine, le craquement des feuilles mortes et leur odeur humide, l'éclat bleuté de l'aile du geai, l'ombre inquiétante de la Montagne Noire... Françoise célèbre les sens, sa plume est gourmande et charnelle.

 

Clairière I

Traverser les bois jusqu'aux draps de foin de la clairière

voir les feuilles de sureau à l'envers, le ciel damassé de baies

la bouche gourmande chercher la source,

étouffer d'un baiser la montée des soupirs avant de s'enfoncer

dans les voiles de soie au goût de blé pour capter la lumière nue.


foret Julien 2.jpg

[...] Un matin, il vint me réveiller - j'avais à peine cinq ans - m'encapuchonna, me botta et m'enleva. Il avait plu et la terre semblait s'être lavée de tous ses tourments. C'était le premier matin du monde : je découvrais la beauté du ciel égale à celle des bruyères en fleur, mauve d'aube, mauve de brume, mauve d'oiseaux. Il tenait fermement ma main dans la sienne ; il marquait d'un rond ses traces, sorte de Petit Poucet géant, ombre tutélaire de ces bois. L'humidité de la veille avait creusé dans la terre des sillons aux odeurs proches de l'ivresse. [...]

foret julien 3.jpg

"F comme Forêt

F comme Femme

Folie, Force, Fragilité

A chacun sa forêt, à chacun ses fées et ses monstres, à chacun ses légendes, à chacun sa dualité.

A chacun son arbre.

Un arbre ne cache pas la forêt nous confie Françoise Dax-Boyer."

 

livre framboise.jpg

Dessins de Julien Soulé, Pierre Dubrunquez et Lucille Citrinot

Les livres de Françoise Dax-Boyer sont disponibles sur vos sites d'achat habituels, ou aux Editions de l'Amandier ici.

 

27.01.2010

Changement de programme...

Je vous présente mes excuses pour mon absence ces derniers mois.

Pour ceux qui d'entre vous qui connaissent mes projets professionnels, cette année a été consacrée à des recherches sur l'histoire de Paris, ce qui m'a donné l'envie de créer un blog spécifique sur ce sujet.

La catégorie "Paris Paris" va donc disparaître au profit d'une nouvelle adresse :  Urban Trip Paris

Vous y retrouverez les anciennes notes sur le sujet, et des nouveautés au fur et à mesure de mes recherches.

Je ne laisse pas pour autant tomber mon blog personnel, qui retrouvera très vite son rythme sur mes péripéties de fermière, mes gribouillages de peintre du dimanche, mes coups de coeur et mes incursions dans le domaine des arts.

Merci de votre fidélité, je vous souhaite une heureuse nouvelle année...

Céline

25.06.2009

Sain désir et destinations coquines

Autour de Saint-Désiré, les panneaux s'en donnent à coeur joie.

Ou comment "Allier" route et plaisir.

lachatre2k.jpg
bienassisz.jpg
dsc04818u.jpg
alledessoupirs.jpg
(Dernière photo Kleman)

06.06.2009

Art et langage 1

Le langage est fondateur de l'oeuvre, mais le modernisme va remettre en question cette prééminence en le faisant disparaître à la fin du XIXe siècle. Certains artistes vont cependant éintroduire le langage comme élément perturbateur de la séparation entre l’art et la réalité, en faisant un outil critique. Il existe une différence fondamentale entre l'acte de faire et l'acte de dire, et le langage est aussi l'outil d'analyse de l'oeuvre.

 

 

fraangelicoannonciation.jpg

Fra Angelico - Annonciation - vers 1430

 

 

Pendant longtemps la peinture traditionnelle a été dépendante du texte qui lui est préalable : une illustration.

Les mots sont inscrits, la parole de l’ange intervient dans le pictural. Les lettres dorées donnent à lire le sacré.

C’est un des axes que la peinture moderne a rejeté. La notion d’autonomie de la peinture, rejet de l’histoire, du texte, de l’imitation, l'idée que faire de l’art est une expérience autonome, qui exclue le langage.

 

picassonaturemortealach.jpg

 Picasso - Nature morte à la chaise cannée - 1912

Picasso introduit à nouveau du langage dans l’espace cubique. La nature morte à la chaise cannée est le premier collage sur toile. Le collage est du côté de l’hétérogène, de l’ouverture des matériaux et des catégories, de l'interdisciplinarité. Les lettres ont ici une fonction double, une fonction plastique et une fonction signifiante. JOU = Journal (plastique) mais aussi journal en tant qu’objet, et JOUer (avec la représentation).Picasso et Braque sont plus proches de la forme que du sens.  

85923051.jpg

Apollinaire - La cravate et la montre - 1913

 

C’est Apollinaire qui a présenté Braque à Picasso. Il publie en 1913 un recueil de calligrammes : « Et moi aussi je suis peintre ». Les mots écrits sont matérialisés, le langage est spacialisé.

Ú L’espace de la peinture moderne a affirmé sa planéité, à la différence de la peinture traditionnelle illusionniste.

 

 

259833630.jpg

 

Carlo Carrà - Fête patriotique - 1914

 

Ce tableau est l’exemple iconographique le plus célèbre entre poésie et peinture, qui marque l’expérimentation futuriste italienne. Résumant par un collage bariolé de papiers imprimés une bruyante manifestation qui avait eu lieu dans les rues de Milan, Carrà organise la composition par une interpénétration d’obliques et de cercles brisés, pour rendre les mouvements de foules et le noyau d’énergie, le dynamisme populaire. Les recherches "motlibristes" évoquent ici le tumulte, les onomatopées et l’environnement sonore de la foule, mêlés à quelques mots évocateurs.

 

12hausmanndadasiegtvers.jpg

Raoul Hausmann - Dada Siegt - vers 1920

 

Avec Dada les liens mots/images basculent encore. L'activité artistique n'est pas conçue comme strictement visuelle et autonome, mais introduit l'histoire, la politique, la critique. Dada met en déroute le commentaire sérieux, utilise l'humour et l'ironie. Le collage et le photomontage recomposent des éléments hétérogènes pour leur donner un nouveau sens.

 

904266914.gif

Raoul Hausmann - Kp'erioum - 1919

 

Les contributions artistiques de Hausmann à Dada sont volontairement éclectiques, effaçant les limites entre arts visuels, poésie, musique et danse. Ses textes « optophoniques » de 1918 font fusionner les textes et une typographie excessive, soulignant le rôle visuel et acoustique du langage.En développant une « typographie optophonétique »,  il détermine l’apparition tant visuelle que sonore de ses poèmes. Ces derniers se composent de suites hasardeuses de lettres qui forment des structures non-objectives, voire abstraites. La recherche sur l’apparence des signes coïncide avec une étude approfondie des limites de l’alphabet latin comme système de notation sonore. La lettre devient la note d'une partition d'onomatopées dénuées de sens.

 

 

2075110753.jpg

Roy Lichtenstein - Drowning girl - 1963

 

En s'appropriant les images isolées de bandes dessinées populaires, Roy Lichtenstein leur donne une nouvelle puissance et une nouvelle importance. Le langage et la forme de la BD deviennent art, et le texte donne son sens à l'image.

 

youarenoryourself.jpg

 

Barbara Kruger - You are not yourself -1982

 

Née en 1945 à Newark, cette banlieue de New York désormais à l'abandon, Barbara Kruger a travaillé comme designer et peintre pour des agences de publicité (comme Warhol à ses débuts). Durant cette expérience professionnelle, elle s'est familiarisée avec les protocoles de construction des images destinées aux médias. Leurs codes, leurs signes ont rapidement fait partie de son vocabulaire visuel. Dès ses premières œuvres (1978), son travail se caractérise par sa charge critique. Elle s'approprie alors des images déjà faites (parfois elle les réalise). Détournées de leur support d'origine (magazine), celles-ci sont agrandies au format du tableau de chevalet. Enfin, des slogans virulents, des aphorismes stupides, des lieux communs de nos comportements sont présents dans l'image sous forme de brèves sentences à la typographie austère.

 

"Cette œuvre de Barbara Kruger reflète bien l'état d'esprit de son travail. Il s'agit d'un collage d'une image publicitaire que l'artiste a récupérée dans un magasine féminin pour la modifier. L'image, représentant un visage féminin est ainsi déchirée, puis rassemblée de façon à étaler le visage, le défigurer... L'image donne ainsi l'impression d'un reflet dans un miroir brisé. À cette image Barbara Kruger ajoute un message, en lettre noire rappelant la typographie utilisée dans les affiches publicitaires. YOU ARE not YOURSELF (le "not" étant mêlé à l'image, le reste du texte lui, bien visible encadré de blanc, comme découpé d'une autre page de magasine.) Ainsi le langage et l'image collaborent pour mettre en scène et dénoncer les manipulations des médias et de la publicité. Barbara Kruger dénonce l'image que la publicité et la société nous renvoie de nous-même, et le désir qu'elle produit de vouloir ressembler à des "modèles" préconçus, qui font de nous des clones, et créer ainsi une perte de l'identité individuelle au profit d'une identité de masse source de mal-être."  (Wikipédia) 

 

duchampfontaine.jpg
Marcel Duchamp - Fontaine - 1917

Marcel Duchamp souligne dès 1914 le rôle du langage dans l’art, pour lutter contre la suprématie du caractère rétinien de l’œuvre et réinvestir le statut de l’art comme langage.

Il ne s’agit pas de condamner l’art visuel – ses objets et ses montages d’images ont un caractère éminemment plastique – mais de renvoyer à l’image comme articulation spécifique du visible de la pensée. Pour Duchamp, le monde moderne effectue une lecture réductrice de l’histoire de la représentation en évacuant le caractère significatif des œuvres d’art et en sacralisant à l’excès leur forme. Duchamp est d’abord peintre, puis il renonce à la peinture et rejette un art exclusivement rétinien.

 

« Redonner l’idée de la considération esthétique à un choix mental, et non pas à la capacité et à l’intelligence de la main contre laquelle je m’élevais déjà chez tant de peintres de ma génération » (Duchamp, à propos du premier ready made, 1914).

 

La question du sens a été posée par Duchamp et Magritte de façon différente. Ils réintroduisent  la question du sens dans le modernisme. Le questionnement sur l’art et le langage vient susciter d’autres interrogations.

Comment le langage intervient ? Il est primordial dans le fonctionnement du ready made. Il invite à une attitude différente, différente de l’attitude de contemplation.

 

Question incontournable : En quoi est-ce une œuvre d’art ? Si oui quelle est la définition d’une œuvre d’art ?

Ú C’est devenu une œuvre parce que Duchamp l’a choisie Ú primauté du choix ou de l’idée. L’art est une « cosa mentale », chose mentale, de l’esprit (cf. Leonard de Vinci) 

Ú Le statut de l’artiste posé à la renaissance est remise en question.       

 

Le ready made n’existe que par l’énoncé implicite : ceci est une œuvre d’art.

Le langage devient outil d’analyse du fonctionnement de l’art. C’est une entreprise nominaliste. Duchamp va utiliser le fonctionnement du langage pour analyser le fonctionnement de l’art. En déplaçant l’objet et sa fonction, il en déplace le sens. Il bouleverse la logique structurelle du langage : un mot n’a pas un sens unique mais dépend de ce qui l’entoure.

 

Les conceptuels américains vont particulièrement se pencher sur les questions ouvertes par les ready made de Duchamp.

- Rejet de la trace de la main de l’artiste

- Déplacement vers la question du sens de l’art

 

trahisonimage.jpg

Magritte - La trahison des images - 1928

 

La stratégie de Magritte est différente. Il ne renonce pas à la peinture, mais il interroge le sens du langage par rapport à l’image qu’il désigne.

Quand les mots ne sont plus en accord avec l’image.

 

 

A SUIVRE...

 

 

 

26.05.2009

La chapelle Sainte Agathe

A peu de distance de Saint Désiré, sur une colline haute de 360 m, se trouve une antique et modeste chapelle dédiée à sainte Agathe. Personne ne sait exactement qui a construit cette chapelle romane en grès rose du XIVe ou XVe siècle - bien que l'appareillage en pierres irrégulières à la base de l'abside et des absidioles rappelle plus le XIIe , on ne connaît que la légende.
dsc02832d.jpg
Agathe est bergère et domestique chez un fermier au domaine de «La Corre» situé au pied de la colline. Un soir, celui-ci lui donne l'ordre de ramener une bande d'oies sauvages qui s'est posée sur l'étang. Bien que sauvages, les oies se laissent enfermer dans le poulailler et le maître parle de miracle. Agathe conçoit alors le désir de voir s'élever un sanctuaire au sommet de la colline. Chaque matin, elle abandonne ses brebis et sa quenouille dans la vallée et porte des pierres au sommet, chaque soir, elle retrouve son troupeau intact et le fuseau rempli. Mais le travail n 'avance pas vite. Il faut une intervention plus puissante pour la charpente et les pierres de taille. Un jour, le seigneur de Reterre qui chasse par là blesse une oie qui tombe sur l'étang gelé. La glace est trop mince pour le seigneur qui jure comme un païen. Agathe, entendant ces blasphèmes, le reprend,. Le seigneur, en colère, la met alors au défi d'aller chercher la bête. Agathe, sans hésiter, s'avance sur la fine couche de glace et revient avec l'oie. Confus, le seigneur est prêt à lui faire plaisir et la construction de la chapelle est alors assurée. Quelque temps après, Agathe rend son âme à Dieu et selon son désir, elle est enterrée au hasard, là où un attelage de bœufs la conduit. Ceux-ci, gravissant la pente de la colline, la menèrent au sommet parmi les pierres lentement amassées qui servent à édifier le tombeau. Aussitôt, une source jaillit au pied de la colline.
(D’après le cahier n°14 d’Edouard Piquant)
2011532971.jpg
 

Sainte Agathe en Allier ne doit pas être confondue avec Sainte Agathe de Cartane, torturée - elle eu les seins arrachés - par Quintien, proconsul de Sicile, et représentée notamment par Zurbaran.

On retrouve souvent le culte de l'eau, d'origine celtique, associé à une chapelle. La colline Sainte Agathe qui s'appelle a l'origine «Mont Lubin» est un site païen où se déroulent des sabbats de sorcières. La chrétienté veut marquer les lieux de son empreinte en construisant une chapelle et débaptise la colline. Le «Mont Lubin » est déplacé sur une butte de moindre hauteur un peu plus loin.

Tous les 8 mai, un important pèlerinage avait lieu à la chapelle. En 1840, une enquête est demandée par la Préfecture de l'Allier sur l'existence de pratiques peu  compatibles avec le catholicisme. En effet, le jour de la fête, les bouviers et les bergers viennent faire bénir une petite baguette de coudrier pour empêcher le bétail de s'éloigner du pacage et les bergères touchent la statue de la sainte avec un fagot pour se préserver du loup. Sainte Agathe a aussi pour vocation la protection des nombreuses vignes qui entouraient le site.
dsc02912w.jpg

 Dans le chœur, se font face le vitrail de Saint Barthélémy et celui de Sainte Agathe réalisés en 1880 mais qui ont dû être restaurés en 1983 suite à un acte de vandalisme. Deux statues en bois polychrome ont été malheureusement perdues ou volées. Une très ancienne statue de sainte Agathe est par ailleurs exposée dans la chapelle lors de la fête de la Pentecôte.

On ne peut parler de la chapelle Sainte Agathe sans évoquer le roman d’Alain Fournier « Le Grand Meaulnes » (1913).
 
Alain Fournier (1886-1914) habite Epineuil-le-Fleuriel (Cher). Sainte Agathe (où sa mère l'emmenait en pèlerinage) donne son nom au village du roman. De la chapelle, au sommet de la colline, on découvre l'ensemble du paysage où se déroule  «Le Grand Meaulnes ». Le site a d'ailleurs été retenu pour la scène du mariage du héros Augustin Meaulnes avec Yvonne de Galais (rôle joué par Brigitte Fossey) dans l'adaptation de 1967.
En 2006 une deuxième adaptation du roman a été réalisée par Jean-Daniel Verhaeghe.

638156986.jpg


Admirateur du poète Jules Laforgue, Alain fournier pense dès 1905 écrire un ouvrage où il n'y aurait que «des rêves qui se rencontrent». En effet, la fête étrange dans le domaine mystérieux a une part d'onirisme et de surréalisme avant la lettre.
Faisant partie des ouvrages les plus lus et les plus traduits dans le monde (au moins dans 30 langues), «Le Grand Meaulnes » est l'unique roman d'un auteur disparu trop jeune au combat au début de la guerre de 14-18. Ce n'est qu'en octobre 1991 que son corps est retrouvé par des historiens dans une fosse commune où reposent 21 autres soldats.

Les sources du Grand Meaulne

Sources : Wikipedia, http://pays-huriel.planet-allier.com/ 

25.05.2009

La danse de Gabrielle

ladansedegabriellea.jpg

 

« Le bûcher… A cette époque, la justice des hommes n’y allait pas de main morte. Une femme belle qui vivait seule dans une cabane isolée sentait le soufre. Surtout si elle avait des cheveux couleurs de feu et des yeux verts de chat. Surtout si elle était vue en train de danser nue, les nuits de pleine lune au milieu de la forêt près d’un grand feu de bois, en psalmodiant des mélopées étranges. »

 

« Gabrielle était Sexe. »

 

Anna Galore - Les trois perles de Domérat

 

 Les romans d'Anna Galore

 

 

Je me suis inspirée pour ce tableau d'une très belle aquarelle de Claudie Gimeno, une artiste de grand talent à qui j'avais acheté un tableau il y a quelques années.

11.05.2009

Cabinet de curiosités

Le cabinet des curiosités, des singularités et des étrangetés d'Eric Poindron...

 D'après Wikipédia : " Le cabinet de curiosités était un lieu où étaient entreposés et exposés des objets collectionnés, avec un certain goût pour l'hétéroclisme et l'inédit. On y trouvait couramment des médailles, des antiquités, des objets d'histoire naturelle (comme des animaux empaillés, des insectes séchés, des coquillages, des squelettes, des carapaces, des herbiers, des fossiles) ou des œuvres d'art."

Cette courte définition semble bien incomplète lorsqu'on visite celui d'Eric Poindron.

1491715944.jpg

Je connais Eric depuis plus de 20 ans... Nos chemins se sont écartés mais il habite toujours dans ma ville natale de Reims, et des passions communes - les livres et Sherlock Holmes - nous ont parfois amenés à nous recroiser.

"Il a fondé depuis 1997 avec sa femme, Sandra Rota, Les Éditions du Coq à l’Âne, qui se proposent d’explorer l’imaginaire de la Région Champagne-Ardenne. Il est par ailleurs écrivain, animateur de radio et de télévision (France 3), mais aussi, dixit le blog, « piéton à Paris, pèlerin et colporteur, (...) veilleur de nuit, déménageur, bûcheron, nègre et scénariste (…) ».

Il est le chef d’un monde mystérieux, onirique et chimérique juste comme il faut, à la fois perdu dans les profondeurs troglodytiques de Reims, les miscellanées d’hier et d’aujourd’hui. Il collectionne les collectionneurs (savez-vous qu’un encanolivrettiste collectionne les catalogues de vente aux enchères ?), fait un cabinet de curiosités d’autres cabinets de curiosités dénichés ça et là, dans l’histoire ou dans les livres. Ça, c’est la part qu’Eric nous laisse à voir dans le monde virtuel."  (Soline Haudoin)

804402244.jpg

Le blog qu' anime Eric est inclassable, tentaculaire, riche, cultivé et curieux. Georges Flipo en parle si bien que je ne tenterai pas de faire mieux :

"J’ai eu une grand-mère dont la maison était si grande que je n’ai jamais pu la visiter. En fait, elle n’était peut-être pas si grande, ce sont mes souvenirs d’enfance qui doivent me jouer des tours, mais la circulation en était d’une extrême complexité. Je reste convaincu que l’architecte avait construit des plans dont la seule vocation était de perdre à jamais, dans ses escaliers à double révolution, ses triples portes et couloirs inutiles, tout cambrioleur imprudent. Plusieurs d’entre eux ont traîné pendant des années entre ces murs, gémissant le jour et hurlant la nuit, implorant le pardon. Mais les consignes étaient claires « Ils ont été assez malins pour entrer, qu’ils soient assez malins pour sortir ».
On rôdait de chambre en chambre, inquiet de rencontrer leurs fantômes. Chaque pièce avait son odeur, son mobilier étrange : senteurs d’encens et meubles chinois, vitraux arts déco et commodes empire, parfums de pommes d’hiver et mobilier provençal, je ne sais plus si c’est mon imagination qui a recréé tout ça. Ce que je sais, c’est que ce passé-là me remonte à la tête, en grandes bouffées poussiéreuses, quand je me promène chez Eric Poindron, dans son cabinet de curiosités.

543520064.jpg

N’allez pas le visiter, partez vous y perdre, c’est bien plus amusant. Il y a dans ce blog un délicieux dandysme négligemment entretenu, une esthétique de la vieille chose qui surprend. On se croit à la déballe des puces, à la prime aurore, quand les marchands ne savent pas plus que leurs visiteurs ce qu’ils vont sortir du coffre. On tombe sur des questionnaires auxquels personne ne répond, sur des rubriques à brac, sur des chroniques feuilletons dont chaque épisode semble trimestriel, sur de soudains coups de cœur que le passant est invité à partager (c’est ainsi que nous nous sommes connus, nous avons tous deux la même passion pour l’irremplaçable Jeeves de P.G. Wodehouse), sur des listes de liens classés selon des codes indécryptables, menant vers des sites qui paraissent soudain maléfiques. On clique au hasard, pas trop fort, pour ne pas faire voler la poussière, on se faufile entre des collections d’objets anciens qui n’ont en commun que leur absence de point commun. On se dit qu’il se fait tard, qu’il serait temps de rentrer, qu’on a son propre blog à nourrir. Mais l’on reste.

2111866578.jpg

Pourquoi ? J’ai fini par en comprendre la raison : je visite ce blog comme je fouinais chez ma grand-mère, j'ai et j'avais la certitude qu’un tel accumoncellement doit forcément cacher quelque chose : un trésor.

Si vous en sortez vivant, revenez ici nous dire ce que vous avez pensé de la visite. Si vous avez trouvé le trésor, n'en parlez pas, ne laissez aucun indice, il faut que chacun le trouve tout seul. Et, bien entendu, défense de l'emporter."

746890345.jpg

Le Cabinet des Curiosités d'Eric propose un curieux rite de passage, sous la forme de "L'étrange questionnaire".

"Ce sont seulement des questions ouvertes destinées à nourrir un peu de romanesque. C’est une espèce de cadavre exquis qui peut mener quelque part... Les réponses reçues ont été souvent surprenantes et formidables, étranges et bien plus... Il est toujours surprenant de rencontrer l'autre, surtout lorsqu'il répond comme vous ou possède une bibliothèque presque identique... Le principe est assez simple : il suffit de répondre à chaque question en une minute au maximum. Soixante questions, donc une heure. Toutefois ne regardez pas votre montre à chaque question : laissez l’écriture définir le temps."

Je vous livre le mien, et vous invite à vous prendre au jeu...

L'étrange questionnaire de Céline :

1 – Écrivez la première phrase d’un roman, un nouvelle, ou d’un livre étrange à venir.
La sensation de froid intense précéda mon réveil. Le chat ne ronronnait plus sur l’oreiller et le vent hurlait ses chimères.

2 – Sans regarder votre montre, quelle heure est-il
Minuit trente.

3 – Regardez votre montre, quelle heure est-il ?
1h03… Bip.

4 – Comment expliquez-vous cette – ou ces – différences du temps ?J’ai toujours cru en ma faculté d’étirer le temps pour y mettre davantage de choses. D’où une nette propension à arriver en retard.

1908851008.jpg

 5 – Croyez-vous aux prévisions météorologiques ?
Je préfère les prévisions des vieux au bistrot du village.

6 - Croyez-vous aux prévisions astrologiques ?
Pas du tout. Mais j’avoue avoir été surprise de portraits tirés de mon signe astrologique précis.

7 – Regardez vous le ciel, et les étoiles, quand il fait nuit ?
Je ne peux pas m’en empêcher, même si je n’y connais rien.

8 – Que pensez-vous du ciel et des étoiles quand il fait nuit ?
Les étoiles sont comme une carte personnelle, des repères privés, car j’ai l’impression que personne ne voit exactement les mêmes..

1049707040.jpg

.9 – Avant de répondre à ce questionnaire, que regardiez-vous ?
Mes chats endormis en tas.

10 – Que vous inspirent les cathédrales, les églises, les mosquées, les calvaires, les synagogues et autres monuments religieux ?
Un sentiment d’infini, du respect, du mystère.

11 – Qu’auriez-vous vu si vous aviez été aveugle ?
J’aurais inventé les couleurs.

12 – Qu’auriez-vous aimé « voir » si vous aviez été aveugle ?
Les œuvres des grands peintres.

13 - Avez-vous peur ?
Rarement, mais intensément lorsque cela m’arrive.

14 – De quoi avez-vous peur ?
De perdre ceux que j’aime, ce qui est une peur à la fois raisonnable et irraisonnée. Des araignées de plus de deux centimètres d’envergure, ce qui est totalement ridicule.

15 - Quel est le dernier film horrible que vous avez vu ?
La maison du diable de Robert Wise, pour le faire découvrir à ma fille aînée.

693048112.jpg

16 - De qui avez-vous peur ?
De ma voisine. Je crois qu’elle est une sorcière du monde noir. Je précise que je n’ai pas peur des sorcières, puisque j’en suis une selon certains.

17 - Vous êtes vous déjà perdu ?
Oui, en amour. Oui, dans le temps. Curieusement jamais dans une ville inconnue.

18 - Croyez-vous aux fantômes ?
Evidemment, je les guette.

19 - Qu’est-ce qu’un fantôme ?
La subtile résurgence d’un être disparu. Une trace.

20 - En l’instant, à l’exception de l’ordinateur, quel(s) bruit(s) entendez-vous ?
Le ronflement du poêle à bois.

21 - Quel est le bruit le plus effrayant que vous ayez entendu – « la nuit avait l’allure d’un cri de loup », par exemple - ?
L’horrible craquement de l’immense porte de la grange quand le vent l’a arrachée de ses gonds en pleine nuit. La respiration d’un chat huant dans le grenier de mes grands-parents.

22 – Avez-vous fait quelque chose d’étrange aujourd’hui ou ces derniers jours ?
J’ai demandé conseil à ma grand-mère décédée pour soigner mon cheval.

23 – Êtes-vous déjà allé dans un confessionnal ?
Non. Je préfère assumer mes péchés.

24 – Vous êtes au confessionnal ; alors confessez-moi l’innommable.
Je préfère les fesses aux confessions.

1275866735.jpg

25 –Sans tricher, qu’est-ce qu’un « cabinet de curiosités »
Un assemblage hétéroclite de bizarreries : un mannequin d’enfant des années 30, le squelette d’un chat sans queue, un bézoard, un nid de frelon et la mue d’un anaconda, le portrait d’un vampire, un grimoire du XVIIIe siècle, un instrument scientifique en cuivre à l’usage inconnu, une pierre de tonnerre, un cristal taillé, une lampe à huile romaine, un fragment de bandelette de momie, un miroir de sorcière…

26 –Croyez-vous à la rédemption ?
Oui, quand ceux qui hantent votre culpabilité vous ont pardonné.

27 – Avez-vous rêvé cette nuit ?
Comme toutes les nuits.

28 - Vous souvenez-vous de vos rêves ?
Parfois, quand ils sont particulièrement réalistes, ou tellement étranges qu’ils me réveillent et que je me lève au milieu de la nuit pour les noter sur le dos d’une enveloppe.

29 - Quel est le dernier rêve que vous avez fait ?
Cette nuit. Je m’introduisais clandestinement dans un atelier de haute couture installé dans le sous-sol d’un palace parisien. Je rêvais devant des robes somptueuses datant du dix-neuvième siècle. J’ai fini par rejoindre mon mari dans une chambre magnifique, le reste est censuré.

30 – Que vous inspire le brouillard ?
J’aime quand je conduis les enfants à l’école et que la campagne est entièrement engloutie dans le coton. J’ai la sensation que quelque chose de merveilleux va surgir au coin d’un chemin.

31 - Croyez-vous aux animaux qui n’existent pas ?
Ils existent puisque j’y crois.

429994211.jpg


32 - Qu’est-ce que vous voyez sur les murs de la pièce ou vous êtes ?
Un tableau raté, l’ombre de l’escalier en fer forgé sur le placo que nous n’avons pas fini de poser.

33 - Si vous deveniez magicien, quelle est la première chose que vous feriez ?
Je rajouterais douze heures volées à mes jours, pour y caser ce que j’ai à faire, ce que j’ai envie de faire et le temps de rêver.

34 - Qu’est-ce qu’un fou ?
Quelqu’un qui ne rentre pas dans les cases imposées. Mais les fous sont ceux qui créent les cases.

35 - Etes-vous fou ?
Oui puisque je ne rentre pas dans les cases. Je déborde, j’extrapole, j’emmêle et j’emberlificote.

36 – Croyez-vous en l’existence des sociétés secrètes ?
Bien sûr, j’en fais partie, même si je suis plus observatrice qu’actrice.

37 – Quel est le dernier livre étrange que vous ayez lu ?
J’ai relu dernièrement « De l’autre côté du miroir ». Il me semblait que je n’étais pas à même de comprendre la « seconde vue » quand j’étais adolescente. Et je n’ai pas eu l’impression de lire le même livre.

38 – Aimeriez-vous vivre dans un château ?
Oui, avec trente chambres que je décorerais de façon différente, pour y dormir selon mes humeurs.

39 – Avez-vous vu quelque chose d’étrange aujourd’hui ?
Le passage des grues cendrées au-dessus de ma maison cet après-midi, une étoile manquante ce soir, une tache inexplicable sur le mur qui n’était pas là hier.

40 – Quel est le denier film étrange que vous avez vu ?   Je n’ai pas vu de film étrange récemment. Je n’ai plus la télé depuis 18 mois, et le premier cinéma est à 25 km.

187078398.jpg

 41 – Aimeriez-vous vivre dans une gare désaffectée ?
Non, j’aurais trop peur des fantômes sur les quais et je déteste les au revoir.

42 – Etes-vous capable de deviner l’avenir ?
Non. Je suis toujours surprise.

43 – Avez-vous déjà pensé vivre à l’étranger ?
Oui, mais seulement pour un temps donné, jamais pour toujours.

44 – Où ?
Au Canada.

45 – Pourquoi ?
Parce que tout y est plus contrasté, et que lorsqu’il fait froid les gens sont plus chaleureux.

46 – Quel est le film le plus étrange que vous avez vous ?
Elephant Man de David Lynch, même si ce n’est pas très original. Ainsi que d’autres films du même réalisateur : Blue Velvet, Mulholland Drive, la série Twin Peaks.

47 – Auriez-vous aimé vivre dans un presbytère ?
Oui, j’aime l’ombre des églises.

48 – Quel est le livre le plus étrange que vous avez lu ?
Le maître du Haut Château de Philip K. Dick est le premier qui me vient à l’esprit, mais ce n’est sans doute pas le plus étrange que j’ai lu.

49- Préférez-vous les sabliers ou les globes terrestres ?
les globes, surtout anciens, qui inventent des pays inconnus

1470128580.jpg

50 – Préférez-vous les loupes anciennes ou les armes blanches
Les loupes pour détailler le minuscule, et parce que la loupe est un emblème de Sherlock Holmes.

51 – Qu’y a-t-il, selon toute vraisemblance, dans les profondeurs du Loch Ness
De la vase et beaucoup de mystères.

52 – Aimez-vous les animaux empaillés ?
Non, ils me font peur, j’ai l’impression qu’on leur a volé leur corps. Je les préfère vivants.

53 – Aimez-vous marcher sous la pluie ?
Oui, quand je suis suffisamment trempée pour que plus rien n’ait d’importance. Alors je joue dans les flaques et je tourne mon visage vers le ciel.

54 – Que se passent-ils dans les souterrains ?
Des choses mystérieuses que j’aimerais connaître.

55 – Que regardiez-vous quand vos yeux ce sont détachés de ce questionnaire ?
La fenêtre désespérément noire.

56 – Que vous inspire cette phrase célèbre : « dès qu’il eut franchi le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre » ?
Il avait marché un pas de trop, il ne pouvait plus reculer.

57 – Sans tricher, d’où est tirée cette phrase célèbre : « dès qu’il eut franchi le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre » ?
Aucune idée. C’est célèbre, dites-vous ?

58 – Aimez-vous marcher la nuit dans la forêt ou les cimetières ?
Oui, dans la forêt parce qu’on y fait des rencontres improbables, et dans les cimetières parce qu’on y est environné de fantômes. Ceux-ci ne me font pas peur, contrairement aux tristes fantômes des gares désaffectées… J’aime les cimetières de jour comme de nuit. On y trouve des prénoms oubliés, et on a une pensée pour la sépulture tombée dans l’oubli, que plus personne n’entretient.

58 – Écrivez la dernière phrase d’un roman, d’une nouvelle, d’un livre étrange à venir.
Elle ne pouvait détacher ses yeux du portrait, du regard cerné de la femme en noir, de l’étincelle de ses prunelles de jais qui enfin imprimaient l’ombre d’un sourire à ses lèvres hermétiques.

59 – Sans regardez votre montre, quelle heure est-il ?
1h50.

60 – Regardez votre montre. Quelle heure est-il ?
2h12, c’est toujours la même histoire…

938008461.jpg

08.05.2009

Les nus s'amusent

Puisque l'actualité de ma peinture laisse un peu à désirer, j'ai ressorti de mon chapeau quelques vieux travaux réalisés en 2004.

Le but du jeu était de réaliser en une journée des pastiches de nus célèbres, en s'accordant un quart d'heure par dessin. Ou comment s'occuper un jour de pluie...

1989063906.JPG
Bonjour Monsieur Klimt
1121013245.JPG
Bonjour Monsieur Cabanel
394555267.JPG
Bonjour Monsieur Matisse
1070301636.jpg
Bonjour Monsieur Schiele
1568378929.jpg
Bonjour Monsieur Vallotton
966513982.JPG
Bonjour Monsieur Picabia
457973594.JPG
Bonjour Monsieur Schiele 2
627970383.JPG
Bonjour Monsieur Goya
640431850.JPG
Bonjour Monsieur Schiele 3
1380137755.JPG
Bonjour Monsieur Velasquez
1158402724.jpg
Bonjour Monsieur Schiele 4

04.05.2009

Les yeux ouverts

Kleman récidive avec de nouvelles photos...

J'en parlais ici

Les commentaires sont superflus...

Je ne peux m'empêcher d'en remettre quelques-unes ici, des récentes et des plus anciennes, pour le plaisir des yeux.

Et comme dit Marichéri : "Il est agaçant ce garçon. On voudrait réussir une photo pareille au moins une fois par an, et il en fait dix dans la journée !"

1471948614.jpg

A l'ombre des jeunes filles en fleur

 

 

398704312.jpg

 

Quatrième arbre

 

1563838791.jpg

 

Défense de monter plus haut

 

257060499.jpg

Brière

 

manifestation.jpg

 

Manifestation

 

2013416174.jpg

 

 Chantons sous la pluie

 

rugbyengare.jpg

 

Rugby en gare

 

9597491.jpg

 

Du balai les polochons

 

sousexposition.jpg

 

Sous exposition

 

1829157595.jpg

Death

 

 

268279305.jpg

 

Usual trees

 

 

 http://www.flickr.com/photos/kleman

29.04.2009

La place de la Concorde

Erigée en l’honneur de Louis XV entre 1753 et 1775, cette place majestueuse forme un intermède entre le jardin des Tuileries et l’échappée des Champs-Elysées. Elle est délimitée au nord par deux bâtiments de l’architecte Ange-Jacques Gabriel, l’Hôtel de la Marine et le Crillon, l’un des plus grands palaces parisiens.


Photo Serge Ramelli

La statue équestre de Louis XV est inaugurée en 1763, décorée des quatre vertus royales sur son socle. La popularité du roi n’étant pas à son faîte, le peuple parisien raille l’oeuvre sous forme de chansonnette : « Ah ! la belle statue, ah ! le beau piédestal, Les vertus sont à pied et le vice à cheval. »

En 1770, lors d’un feu d’artifice donné en l’honneur du mariage du futur Louis XVI et de Marie-Antoinette, une fusée sème la panique et 133 personnes périssent piétinées. Funeste augure, puisque la place Louis XV verra s’élever la guillotine sous la Terreur révolutionnaire. La statue est renversée et fondue, et le lieu rebaptisé place de la Révolution. Les têtes de plus de 1000 personnes roulent sur le pavé, dont celles du roi, de la reine, de la plupart de leurs proches et enfin des chefs de la Révolution.



En 1793 une effigie de la Liberté coiffée du bonnet rouge est élevée au centre de la place, puis les « chevaux de Marly » de Guillaume Coustou installés à l’entrée des Champs-Elysées. Avec la fin de la Terreur, la place prend son nom définitif de place de la Concorde et la statue de la Liberté supprimée.



L’obélisque qui la remplace aujourd’hui est offert à la France par le vice-roi d’Egypte en 1831. Vieux de 3300 ans, mesurant 23 mètres pour un poids de 230 tonnes, il provient du temple de Louxor. Louis-Philippe l’accueille au terme d’un voyage de quatre ans, et décide de le placer au centre de la Concorde, où sa neutralité ne rappellera aucun évènement politique. L’érection de l’obélisque, complexe et dangereuse, se déroule sans incident. Louis-Philippe cependant craint le ridicule, en cas d’échec de l’opération, et se dissimule derrière les fenêtres de l’hôtel de la Marine. Au moment où l’obélisque est enfin posé sur son socle, il paraît au balcon et recueille l’ovation de la foule…


L'érection de l'obélisque - François Dubois

En 1835 la place est modifiée par l’ajout de deux fontaines monumentales, inspirées de celles de Saint-Pierre de Rome, la « Fontaine des Mers » et la « Fontaine des Fleuves ». C’est à cette époque également que sont ajoutés les lampadaires qui ceinturent la Concorde et qu’elle adopte son visage actuel.

21.04.2009

Le Grand Palais

Il est difficile aujourd’hui de mesurer l’impact des Expositions universelles dans la seconde moitié du XIXe siècle. Vitrines du commerce, de l’industrie et des Beaux-Arts, elles attirent une foule friande de sensationnel et d’exotisme, qui dépasse les 50 millions de visiteurs en 1900. La tour Eiffel de 1889 était destinée à la destruction, pourtant elle a changé le visage de la capitale. Pour l’Exposition universelle de 1900, tournant symbolique du siècle, l’événement doit déployer encore plus de faste, et l’idée du Grand Palais est en germe.


Photographie Eric Pouhier

Une nouvelle perspective reliant les Invalides aux Champs-Elysées est imaginée, avec la construction du pont Alexandre III. Le Grand Palais se placera le long de cette perspective, face à un autre bâtiment créé pour la circonstance, le Petit Palais. Après l’Exposition de 1900, le Grand Palais sera affecté aux salons artistiques annuels, alors que le Petit Palais deviendra musée des Beaux-Arts. Les architectes projettent une structure aérienne d’acier, de verre et de pierre, dont l’ampleur et la majesté seront sans précédent pour cet usage.


Photo François Tomasi

Mais les travaux de fondation révèlent une mauvaise surprise. Le sol, inconsistant du côté de la Seine, oblige à bâtir sur pilotis. 3 400 pieux de chêne sont utilisés, le chantier retardé et le budget dépassé. Qu’importe, il reste deux ans pour finir le Grand Palais et l’on utilise les moyens les plus modernes : grues, ponts roulants, machines à vapeur… Au final, 8 500 tonnes d’acier, 27 000 m3 de pierre et de moellons, 2 millions de briques et 15 000 ouvriers pour gagner ce pari titanesque. Le résultat est un triomphe.

875604373.jpg

Le Grand Palais en 1900

Les heures noires du XXe siècle n’épargneront pas le bâtiment, dont l’audacieuse mais fragile structure va subir les assauts. Hôpital militaire durant la première guerre mondiale, il est réquisitionné par les troupes d’occupation pendant la deuxième. Utilisé comme entrepôt pour les camions allemands, il héberge également deux expositions au service de la propagande nazie.

823803952.jpg

Exposition de sculptures dans la nef - 1900

En 1993, un rivet de la charpente tombe aux pieds d’un visiteur. Des filets de protection sont tendus en toute hâte, la grande nef fermée. Le Grand Palais est classé monument historique en 2000, et les travaux de restauration commencent pour s’achever en 2006.
Au rythme de quatre par an environ, la Réunion des Musées Nationaux a déjà organisé près de 250 grandes expositions en ces lieux, en collaboration avec les musées du monde entier.


Photo François Tomasi

18.04.2009

Greffier surprise

J'étais bien peinarde moi, concentrée à bloc sur mon boulot, à pas d'heure comme d'habitude...
Quand un énorme vacarme me fait sauter en l'air.
Toutes les boîtes et bazars divers entassés en haut de l'armoire qui dégringolent. Et de sous le tas de trucs, je vois émerger Anna K. avec sa souris en peluche. Je commence par rouspéter qu'est-ce que c'est que ce barouf et puis qu'est-ce que t'as besoin d'emmener tes jouets en altitude... Et voilà qu'en saisissant la souris en peluche cette garce me mord (pas la chatte hein, la souris, faut suivre) !

Oh ! Un gros lérot bien gras ! Le papa de la famille qui m'empêche de pioncer depuis des mois ! Me voilà avec mon bidule à la main, bien embêtée. Parce que si je souhaite évidemment l'éradication de ces pollueurs nocturnes, je suis bien trop sensible pour achever une aussi jolie petite bestiole. Heureusement Anna K. lui avait déjà bien serré le kiki, groggy le lérot.

1801088726.jpg


En bonne lâche que je suis j'ai mis tout le monde dehors, avec les deux autres chats en prime au cas où l'exécution nécessiterait une coalition...
Allez les greffiers, au boulot il en reste !

Je sais bien que c'est une espèce en régression et que normalement il faut les protéger... Mais je vous assure que dans mon toit, ils se multiplient très très bien, et très vite. Sans compter qu'ils ont bouffé la moitié des chocolats de Pâques que j'avais planqués dans l'appentis. Et puis là il était déjà abîmé, hein... Quand j'avais attrapé quatre petits dans le piège à rat, je vous assure que j'étais allée les porter dans un champ à un kilomètre de là (Euuhhh, un cadeau pour les buses et les hulottes, c'est protégé aussi, les hulottes).

883220192.jpg


Faut reconnaître qu'ils sont trop mignons...